lundi 20 juillet 2020

Passagers du vent-Vague noire

Première semaine du confinement

J1
Soudain la ville
fut plongée
dans le silence
Vertige
Rues désertées
absence
Fragiles et solitaires
Nous sommes
passagers du vent
éclats de poussières

J2
Circulation raréfiée
la nature reprend ses droits
Les oiseaux
piaillent
à pleine voix
Vivre l'instant
Dans la rue
les rares passants
masqués
sortis du cocon maison
vont se ravitailler
à vive allure

J3
Ciel opaque laiteux
mirage
Un bus passe
Le soleil printanier
adoucit
les nouvelles
graves
Bergame pleure ses morts

J4
Un air de fin du monde
hôpitaux débordés

Poursuivre
un semblant de normalité
et le monologue
du quotidien

A la radio
Edgar Morin
parle de ses origines
espagnoles

J5
Au réveil
coupelle brisée
Corps cernés,
corps contraints
Et les pensées en liberté
s'envolent
s'affolent

J6
Un dimanche
comme un autre jour
repères abolis
le temps s'étire

Dans le jardin
les fruitiers en fleurs
ne se doutent de rien

Herbe tondue
les pies viennent
se nourrir des vers de terre
visiteuses improvisées

Ne plus écouter
les nouvelles
au risque
de la déraison
Rester chez soi
Tisser sa toile

J7
Soleil et ciel bleu
ouvrent l'horizon
à travers la fenêtre
Rompant le silence

toujours pesant
les sirènes des ambulances
ou de la police
au loin

L'herbe tremble
sous le vent
où sont passés
les chats du voisinage ?

IMG_0501  

Le 31 mars 2020

Vague noire

Deuxième semaine du confinement


J8
Froid glacial peu printanier
la radio du matin
égrène les nouvelles
alarmantes
le confinement s'étend

Vie paralysée
Vie ralentie
Vie suspendue à la vacuité

Joie hier
de trouver
dans ma boite aux lettres
le livre de Daniel Bénédite
Un chemin vers la liberté sous l'occupationA quand notre liberté ?

J9
Corona killer
Idées noires
black out

Ciel pur bleu
phosphorescent
lumière soleil

Un rythme à tenir
dans l'irréalité
du quotidien confiné
Aujourd'hui cuisiner
galettes de riz aux courgettes
utiliser le lait
avant qu'il ne tourne
mal 

J10
Sortie masquée
pour ravitaillement
Anxiété
mes mains
mes pas
transmetteurs du virus
la mort en moi
la mort en nous

Boutiques désertées
les caissières mal protégées
bricolage de masques
plastique écran
devant les visages
illusoire calfeutrage
vite rentrer

J11
Deux voisines
au loin dans la rue
un signe réconfort

Moindre agir
et pourtant
fatigue
lassitude

La vague noire
se dessine
une jeune fille de seize ans
est morte hier

Ne pas avoir peur
occuper le quotidien
Aujourd'hui nettoyer les tapis

IMG_3908bis

J12
Le soleil
fidèle au rendez-vous
imperturbable
malgré le naufrage

Confusion des jours
et des sentiments 

L'âme humaine
souvent noire
peur haine
et rejet de l'autre
se dévoilent

J13
Prolongation du confinement
jusqu'au 15 avril
mais sûrement davantage

Le passage
à l'heure d'été
ce dimanche fin mars
désoriente à peine
dans la désorientation
totale
Repères abolis

Esprit vagabondage
mon père
visions flashs
mon amie Sophie
comment aurait-elle
vécu ce drame
Aujourd'hui
absence des êtres chers
si vivement ressentie

J14
Renouer le fil des amitiés
devenues lointaines
s’enquérir d'une famille
quasi inexistante
Se rapprocher de l'autre
rompre la solitude

Essentielle radio publique
pour compagne
Lettre lue ce matin
Annie Ernaux
s'adresse au président
percutante d'humanité
de vérité

Le 2 avril 2020



Vaciller sous le poids du silence

Troisième semaine du confinement
J15
Début de la troisième
semaine de confinement
La radio fidèle
tient le cap

Fatigue du faire peu
un calme étrange
Économie du geste

Entreprendre
quelques rangements
Tri de papiers
factures d'eau
de gaz et électricité
de plus de 5 ans à jeter

Cuisiner le panier bio
livré hier
Soupe de légumes anciens
gratin de blettes

J16
Gravir les marches
vers l'inconnu
et vaciller
sous le poids du silence

Même la pluie
s'est arrêtée
dans le confinement du ciel

Terre assoiffée
Nos cœurs
le seront-t-ils aussi ?

J17
Jeudi 2 avril
Impassible
ciel bleu
inscrire le jour
dans un espace
où tout devient flou

Un bus passe
vide

Le cours de l'histoire
explore le monde
avec L'épopée sibérienne
Espaces infinis


J18
La terre desséchée
absorbe le silence

La lavande
poursuit sa course
vers la floraison
Insolente indifférence

Le monde devenu
trouble
brise les certitudes

J19
Explorer les replis
de la mémoire
Se perdre dans les rues de Paris
en lisant Modiano
Livret de famille
Une jeunesse
Retrouver le quartier des Halles
de mon enfance
le bruit et l'animation

Une lumière fugace
se dessine à l'horizon
reflets du ciel
sur la table bleue

reflets sur la table bleue bis

J20
Dimanche 5 avril
Journée quasi estivale
mais personne ne partira

Dans le jardin
symphonie de couleurs et d'odeurs
floraisons des fruitiers
et de l'oranger du Mexique

Profiter de la leçon de cuisine
sur France Inter et oublier que
le virus des plants de tomates confinés sévit

J21
Un rythme 
dans la lenteur
pour habitude

Sommeil profond
sur un nuage
entre mélisse et camomille

La météo aux éclats
de vitalité
nargue la société confinée
mais la pluie enfin
apaise la terre

Tant de mots
dans le mot confinement
fonte finement
moite confine ment
met fin

Le 7 avril 2020

Fontaine du désir

Quatrième semaine du confinement

J22
Puiser les mots
à la fontaine du désir
écrire jour après jour
semaine après semaine

Un voile noir recouvre
la terre
et compte les morts

Les dirigeants se débattent
en discours vains
contradictoires
briseurs d'espoir
Mais la lumière éclaire
le chemin

J.23
Cette nuit la lune
ronde est lumineuse
solaire

Obéir aux injonctions
laver les sols à l'eau de javel
et répandre
ainsi dans la maison
une odeur d'antan

Le pic approche
Attente incertaine
Comme Marc Aurèle
Ne pas avoir peur de la mort
la ramener à sa réalité physique
dans le cycle de la nature

J24
Pessah
Une traversée du désert
virale et sans matzot
Jour de fête en solitaire
jour de solitude sans fête

Seule la nature importe
Les fleurs du pommier
déploient
leur rose pâleur
fragiles et émouvantes

Floraison émouvante du pommier

Lentillons rosés
cuisinés avec gingembre
clous de girofle curry
piment lait de coco
pour un voyage
aux saveurs exotiques

J25
Le fauteuil hanté
de Gaston Leroux
élimine
les académiciens
Polar
Frisson du soir

Émerveillement du matin
Deux pousses minuscules
émergent
du pot de yaourt
porteur de semis 
quotidiennement et délicatement
vaporisés

Sortir se ravitailler
loin du cocon éphémère
Partager ces vers
de Volker Braun
Chaque pas que je fais encore
ouvre en moi une déchirure

J26
Un long week-end de Pâques
se prépare
sans télétravail
Rompra-t-il le rythme
pris dans le
confinement ?

La maison expose
son désordre
actions commencées
puis suspendues
à l'égal du temps
vécu depuis 26 jours
Dossiers, photos, livres
objets
déposés au hasard
d'une pensée aussi fugace
qu'une larme
à fleur de cil

Confectionner un clafoutis
avec les cerises
congelées

Finir les mots croisés
contagieux en 5 lettres
facile
VIRAL

J27
Dans l'émission Talmudiques 
Gérard Garouste
évoque
les peintures de Chagall
et les textes de Kafka
Et je n'ai pas d'oeufs en chocolat

Pépites de bonheur
dans le jardin
aux floraisons vives
Savourer
les couleurs de l'espoir

J28
Quatre semaines
déjà
d'une vie cloisonnée

Une saison passe
ranger les vêtements d'hiver
préparer l'été

Des nuages passagers
cachent le bleu du ciel
la pluie se fait attendre

Les feuilles
tremblent et bruissent
sous le vent
il neige des pétales

Quelle sera la teinte
du discours présidentiel
ce soir ?
Le 13 avril 2020

Ombre et lumière

Cinquième semaine du confinement

J29
Un autre mois
se prépare
dans la solitude et l'attente

Lever matinal guidé
par les mots à poser
les mots à déposer
sur le blog apa vivre confinés
et une curiosité terrienne
Quelle a été la progression des semis durant la nuit ?

Cette semaine
Les chemins de la philosophie
avancent
sous le soleil
qui étrangement ne se lasse pas

J30
L'édifice fragile
de nos existences
chancelle sous le poids
de l'incertitude

Un chat du voisinage
s'est s'installé
sur les tuiles du muret 
avec l'assurance paisible du maitre
qui surveille son domaine

La glycine
étend
ses grappes éclatantes
soigneusement ordonnées
entre ombre et lumière

glycine ombre et lumière 

J31
Fuite d'eau dans la cave
inondation
drame intérieur
majoré
par la situation extérieure
Un plombier
venu sans masque
touche à tout
marche partout
mais répare 
reconnaissance angoissée

Rêves d'enfance et d'école
maternelle à Paris
rue de l'Arbre-Sec
jouxtant l'église
Saint-Germain l'Auxerrois
au temps
d'une autre vie
rude et laborieuse
mais devenue à présent
souvenir béni

J32
Un seul mot aujourd'hui
Léthargie

J33
Week-end
liberté intérieure
à cultiver

Féerie des semis
tour à tour éclos
du mystère
Frêle verdure
émergeant
des pots de terre

Un papillon blanc
folâtre avec insouciance
légèreté
dans le jardin

J34
Les rires sont éteints
une ombre passe
sur les visages
devenus graves

Le ciel de ce dimanche
porte les couleurs d'une mélancolie
qui ne m'emportera pas
les nuages plombés
s'effacent dans le vent

Cuisine du confinement sur France Inter
partir en mer et inventer l'été
avec crevettes boulettes de pois chiches
coriandre huile d'olive et tahiné

J35
Comment garder l'équilibre
de nos vies cernées par cette folle pandémie ?

Reprendre la lecture
du roman de Eugen Ruge
Quand la lumière décline
traverser
les tourments de l'Histoire
sur quatre générations
et relativiser

Ranger les textes
d'un printemps des poètes
effacé dans la tempête
S'arrêter sur cette citation de Bernanos
La plus haute forme de courage
c'est le désespoir surmonté

Le 20 avril 2020

Pensées vagabondes

Sixième semaine du confinement

J36
Nuit entrecoupée
pensées vagabondes
dans la confusion des horaires
Bateau à la dérive
Quel jour sommes-nous ?

J37
Un masque de tissu vert
déposé
dans ma boite aux lettres
le Maire protège ses citoyens

Lâche révolte du corps
Maux multiples

Pour oublier la douleur
chérir le jardin 
et pour la première fois
sur l'attestation de déplacement dérogatoire
cocher la case
déplacements brefs, liés à l'activité
physique individuelle des personnes...
marcher marcher marcher
Éviter la tentation
de dépasser le kilomètre autorisé

Avec Le cours de l'histoire
Coloniser les savoirs
s'approprier les plantes médicinales

J38
Déconfiture capilotade
mots au charme désuet
pour une réalité
au goût amer

Enchantement dans le jardin
La lavande annonce sa floraison
Le muguet se pare
pour un premier mai solitaire
Mutation des fleurs
sur les arbres
les fruits
éclosent à foison
Seuls les plus résistants
survivront

fruits 1

J39
Travail et souffrance
Au temps de la RDA
la pénurie de bureaux
imposait
aux collaborateurs
un poste domestique de travail
Aujourd’hui le télétravail
a le vague à l'âme

En Allemagne le livre
reste un bien nécessaire
dans la crise sanitaire
Librairies fermées en France
Comment se procurer le Journal de Klaus Mann
Les années brunes ?

J40
Début d'un autre week-end
Ciel nuancé
Reprendre la maîtrise
du corps affaibli
par la débâcle
Sortir

Observer le ciel
aux nuages mouvants
bercés
doucement en écho
sur la Marne

S'étonner
d'une animation de rue
prématurée
sans masques et sans espaces
de sécurité

À quand la deuxième vague ?

J41
Deuxième vague
Troisième vague
Vagues éternelles
virus à perpétuité

Puits sans fond
Espaces infinis
ou lumière au bout du tunnel

Terre desséchée
Un arc en ciel se dessine
dans le jet d'arrosage

J42
Ordonner les objets
éparpillés dans la maison
depuis plus d'un mois
déjà
Rechercher les ancêtres
perdus
dans le trouble de l'histoire
reprendre la généalogie
pour s'ancrer aux racines
de la vie

Le 27 avril 2020

Papier de soie

Septième semaine du confinement

J43
Fraîcheur du matin
sous le ciel gris
pluie de rosée
les escargots sont de sortie

Temps idéal
pour rester chez soi

J44
Le déconfinement
se dessine
à mots couverts
à pas feutrés
vers l'incertitude

Amnésie du chaos

Seule la nature
poursuit sa course
avec faste et poésie

Corolle écarlate
comme papier de soie
un coquelicot
surgi de la nuit
résiste à la bourrasque

Coquelicot

J45
Une animation s'amorce
dans la ville
aux allures de campagne
Le chant du coq
au loin
bientôt étouffé par la circulation
Les oiseaux n'auront pas le dernier mot

Se rassurer avec Montaigne
Ne pas aller mal est le plus grand bien
que l'on puisse espérer

J46
Vendredi 1er mai
sans fête et sans travail
Le muguet fleurira
à l'abandon dans les bois

Un froid de rigueur
traverse la maison
se réfugier sous la couette
avant de s'atteler aux tâches ménagères

Tenter la couture
d'un masque en tissu
puis abandonner
pour aller jardiner
Retirer à la main
les pucerons
accolés aux roses
naissantes

J47
Nuages épars clarté
Apaisement de la terre détrempée
Avec délicatesse
repiquer les plants de tomates

Le corps et l'esprit
engourdis de tant de solitude
et de désarroi

Les nouvelles
les découvertes
les débats autour d'une crise
son lot d'inquiétude pour tous
pour les enfants
choc toxique de la maladie
Kawasaki

J48
Le banal devenu inaccessible
Quand partager à nouveau
les discussions amicales
au café du marché ?

L'imagination titube
ne rien cuisiner ce dimanche 

Avec la revue Papiers
par chance
dénichée au point presse du quartier
s'enivrer de l'odeur des mots
partir à l'aventure
dans des contrées lointaines
s'inviter au cinéma

J49
Flottement de mai
ligne d'horizon
en zigzag
tenir le cap

Questions insolubles
et toujours renouvelées

Comment faire tomber les masques ?
Le 4 mai 2020

La mélodie de l'eau

Huitième et dernière semaine du confinement

J50
Dernière semaine
avant les sorties autorisées
en semi-liberté
Renouer avec le dehors
et les gens masqués
devenus autres

Marcher sous la pluie
en écoutant
la mélodie de l'eau
sensations
à fleur de peau

J51
Compte à rebours
décomptes des dégâts
essais cliniques
les animaux porteurs
du virus nous infecteront-ils ?

S'affairer à nouveau
au jour levant
Partir sur les chemins de la philosophie
avec Spinoza
pour l'éternité et la béatitude
La joie est le passage à une puissance supérieure

J52
Chapeaux et manteaux
d'hiver
désormais bien rangés
pour ce passage sans transition
vers l'été

Le rosier Ferdinand Pichard
subtil et délicat
déploie peu à peu ses fleurs
beauté entêtante
camaïeu de blanc au rose carminé
émerveillement

Rosier Ferdinand Pichard 1

Dans la quiétude du jardin
savourer l'instant
les derniers instants
de cette parenthèse
sentiments mêlés
hors saison hors raison

J53
Une commande passée
à la librairie Mille Pages
Évasion poétique
avec Hubert Haddad
sortir du confinement

Dans le cerisier
les oiseaux piaillent
voraces
tous les fruits ont disparu

J54
Renouer avec les acronymes barbares
chers au monde du travail
après le PCA plan de continuité d'activité
le PRpA Plan de Reprise progressive d'Activité
une progression en p mineur
Préférer plutôt
Partager Collectivement l'Amitié 
Penser le Retour par Altruisme 

Écouter la radio
compagne fidèle des jours confinés
découvrir le manoir de Bois Larris
Lebensborn au temps du nazisme
Poursuivre avec le cinéma
de Truffaut
et la gouaille d’Antoine Doisnel
Histoires d'enfances brisées

Sous un ciel mitigé
Savourer la pure nature
avant d'aller cuisiner une tarte
aux courgettes

J55
La nature rebelle
emporte
sous le vent et la pluie
le dernier jour confiné

Jeter les attestations dérogatoires
Ausweis de triste mémoire
Ne pas s'effrayer des mots
brigade fichier contrôle

Tourner la page
du livre des mots
choisis jour après jour
dans le saisissement
de nos vies bouleversées
par la foudroyance
d'un virus

Toutes choses ou presque font signe à nos sens,/
le moindre souffle : Souviens-toi !
Rainer Maria Rilke

Le 10 mai 2020

Autres regards

Le journal du déconfinement progressif

J1
Au premier jour
du déconfinement progressif
un vent violent
malmène les rosiers
Les volets claquent

Sortir à pas de loup
appréhender le monde
la circulation et l'agitation
comme avant
ou plus vraiment comme avant ?

J2
Apaisement du temps
soleil au rendez-vous
dans la fraîcheur de mai
comme un effleurement

Échanges factices
à l'aune du télétravail
autres regards
dans la maison cocon
loin de la foule et du métro 
où bouillonnent les cultures

J3
Sommeil troublé
après dégustation
des Crispy Banana with Tamarin
rapportés de Thaïlande en novembre
avec qui sait le ou la Covid-19 ?

Le cours de l'histoire
médecine et philosophie
Avicenne et son rayonnement
préserver la santé
manger sain faire du sport
écouter le Tcha tcha tcha de la tomate

IMG_0803

J4
Sortie à Vincennes
plus moyen de se garer
aux abords du bois
réservé désormais aux vélos
Vélos rois
banlieusards aux abois
Rage et désespoir

Bonheur des livres
récupérés dans la librairie
au parcours borné
Le journal 1931-1936
Les années brunes de Klaus Mann
Le bleu du temps, Palestine, Le peintre d'éventail
et Opium Poppy d'Hubert Haddad
un inédit d'Isaac Bashevis Singer Le charlatan
Livres de vie ou de survie
Rêves d'évasion

J5
Réveil insolite tourmenté
par le tumulte de la rue
Notre vécu jusque-là silencieux 
n'était-il qu'illusion?

Les bords de Marne rouverts
les arbres épousent la rivière
emportant au loin
les sanglots éphémères

J6
Retour au désordre habituel
l'anormal édicté en règle
production consommation
chômage exclusion
Mais une nouvelle résistance
se profile à l'horizon 

Se concentrer sur la nature
savon noir pour le pommier
aligner les plants
par affinité
tomates persil et basilic
carottes haricots petits pois
sur sol paillé parsemé de fleurs

J7
Ce dimanche apporte
une douce chaleur
Les semis nés
des jours contraints
aspirent à la pleine terre

Une voisine
venue masquée
mais je l'ai reconnue
Envol des mots sous le voile
de l'amitié

Le 17 mai 2020

Sans contact

Deuxième semaine du déconfinement progressif

J8
Mots épars mots rares
entre activité débordante
et sous-activité
pensées somnolentes

Carte de paiement sans contact
jusque-là refusée
résolument réactivée
pour raison sanitaire
consommer sans compter
ne plus rien maîtriser

J9
Peu à peu
le souvenir du vécu récent
s'effiloche
mais un sentiment de mort
prégnant
habite nos maisons
Partout autour de nous, la mort est chez elle.
Elle nous regarde par les fissures des choses,
écrivait R. M. Rilke

J10
Tant de gens insouciants
si proches
agglutinés sans masques
Clusters à l'horizon
sur toutes les ondes
dans toutes les bouches
Regroupement groupe grappe
Entourage essaim amas
rassemblement
ensemble
foyer de contamination

J11
Jeudi férié ascension
Sur la table du salon
un bouquet de renoncules
blanches et roses
rieuses et joufflues
Le fleuriste du quartier
est de retour

Comment ranger les livres
dans la bibliothèque
par genre auteur
ordre alphabétique
format ?
Quel que soit le choix
les livres n'en font qu'à leur tête
se dérobent à tout ordre
Aujourd'hui piocher
le titre du hasard
Kaddish d'Allen Ginsberg

J12
Matinée volée par un sommeil
inaccoutumé 
Pas le temps de cuisiner
se délecter d'un sandwich au jambon
et café
comme au bon vieux temps
des troquets

Lavande et papillon

Lavande thym romarin et sarriette
en fleurs
les papillons musardent
Un goût de Provence
aux abords de Paris
Récolter le travail
du maître des saisons

J13
Une première grande marche
déconfinée
Rencontres
Voitures à l'infini
Détritus en abondance
Des canettes vides bordent la Marne
masques et gants usagés
jonchent les trottoirs
au pied des arbres
Plastiques à tout vent
Ville poubelle
les barbares sont toujours là

Vite retrouver la paix du jardin
Dans le banal devenu quotidien
rester chez soi

J14
Les super-contaminateurs
aux pouvoirs décuplés
véritables « cluster bomb »
ou purs mirages ?

Rester loin des autres
en pur ermite
garder la distance
s'enfermer dans l'illusion
Le 24 mai 2020

Exil intérieur

Troisième et dernière semaine du déconfinement progressif

J15
Proximité familiale
retrouvée
se sentir invulnérable
fabriquer des anticorps
auprès des êtres aimés
pour que s'estompe
la pensée de notre mort
inéluctable

Sous le soleil de mai
le compost retourné
nourrira la terre
les Lumbricus terrestris
creuseront leurs tunnels

J16
Crise sanitaire
en régression
s'envoler vers d'autres horizons
Se laisser porter par la vague
Prendre un billet de TGV
pour une évasion
quelques jours en juillet
absorber le monde

J17
L'écrivain Albert Memmi
est parti
dans le silence des étoiles
La statue de sel
livre écho à ma jeunesse
en quête d'identité
et exil intérieur

Geste maladroit lumbago
les douleurs du temps
comme un rappel
à la vie qui suit son cours

J18
Première sortie sur le marché
peu fréquenté et coloré
les étals regorgent de beaux fruits d'été
les ombres se faufilent
à sens unique

J19
Aujourd'hui le vent
malmène les feuillages
Dans la maison
les courants d'air s'ébattent
entre portes et fenêtres
Sous le ciel qui flamboie
les fleurs s'illuminent
Multipliés par cent
les coquelicots
rouge sang

Pirouette de dernière comédie
verve impertinence et rébellion
Guy Bedos transcende l'humour
Il faut rire de la mort ! surtout quand c'est les autres.

coquelicots rouge sangJPG

J20
La rue a retrouvé
son cours bruyant
au loin les mobylettes pétaradent
et les périmètres de sortie
s'étendent
bouchons à l'horizon
exode urbain
pour un long week-end de pentecôte

J21
Grand ménage d'été
l'appentis se désemplit de l'inutile
Se concentrer sur l'essentiel
qui forgera les lendemains
assidûment incertains

J22
Un entre-deux-mondes
nous a emporté
dans la ronde des saisons
à la manière d'un rêve
d'où nous émergeons
subrepticement

À la porte de nos maisons
bientôt sonneront
l'oubli et l'indifférence

Le 1 juin 2020