Rencontres et récit
Actuellement, je délaisse un peu mes recherches familiales pour m’intéresser plus particulièrement à l’histoire de l’oncle d’une amie.
Ma quête sans fin peut parfois me conduire sur d’autres chemins de mémoire.
Gabor âgé de 101 ans, survivant de la Shoah d’origine hongroise, né à Budapest, témoigne de ce que furent son enfance et sa jeunesse. Aujourd’hui, un vieil homme au crépuscule de sa vie, aux idées claires et au doux sourire se souvient. Il garde un accent prononcé et savoureux et s’exprime parfaitement.
Nos rencontres, en présence de sa fille et de sa nièce, se font autour d’un thé accompagné de gâteaux au fromage, au pavot et de strudel. Ces bonnes choses qui font également partie de mon héritage et qui adoucissent la vie !
Issu d'une famille de juifs laïcs, il évoque son enfance dans un pays marqué par l’antisémitisme (reste-t-il un pays qui ne le serait plus encore actuellement?), ses proches déportés, ceux qui ont survécu et son périple tourmenté durant la guerre et dans la période qui a suivi.
Interné comme travailleur forcé en 1944 en Yougoslavie, il travaille dans les mines de cuivre à Bor.https://memoirs.azrielifoundation.org/fr/blogue/seeing-history-a-reflection-on-in-the-hour-of-fate-and-danger-by-ferenc-andai-2/.Dans le cadre de sa politique de collaboration, le régime de Vichy avait cédé la société française des mines de Bor à l'Allemagne en 1940.
Les mines étaient dirigées par l’organisation TODT.https://fr.wikipedia.org/wiki/Organisation_Todt
Il échappe à la déportation vers les camps et à l’exécution sommaire comme ce fut le cas pour la plupart des juifs, grâce à l’intervention des partisans en septembre 1944 lors de l’approche des russes. Il traverse le Danube et se retrouve en Roumanie à Turnu Severin, où il travaille et fait des allers retours avec la Hongrie avant de quitter définitivement son pays. Devenu apatride, il ira dans plusieurs villes d’Autriche dans des camps pour personnes déplacées (DP camps). Il traversera ensuite l'Allemagne pour venir en France en passant par Forbach comme cela a été le cas pour mon oncle Yosek.
Grâce à Gabor, je comprends désormais comment s’est fait ce passage illégal de la frontière par le cimetière de Forbach. Situé moitié en Allemagne et moitié en France : Il suffisait d’entrer avec un bouquet de fleurs pour passer la frontière, raconte-t-il.. un « tuyau » qui devait circuler entre de nombreux apatrides.
Par son récit, je découvre de nombreux épisodes de l’histoire de la Hongrie.
Et pour en savoir davantage j’entreprends la lecture de deux livres : Ivresse de la violence de Gabor Zoltan publié cette année mais j’ai du mal à poursuivre car la description des actes barbares commises par les Croix fléchées https://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_des_Croix_fléchées m’est difficilement supportable.
J'aborde ensuite Être sans destin d’Imre Kertész dont l’écriture plus distanciée sur une histoire tout aussi cruelle me convient davantage.

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