1.À Tokyo
Submergée de sensations
Premier voyage au Japon
silence sous ma plume
Soleil d’hiver
Néons béton la foule avance
démesure au croisement de Shibuya
Métro bondé
Les gens se tassent dans le calme
Somnolence des voyageurs
Dans la béance de la ville
Nos pas s’engouffrent
Soba tempura pour dîner
le vieil homme s’affaire
dans sa cuisine minuscule
souriant et impassible
Momiji flamboyants
dans l’allée des stèles
Au cimetière de Yanaka
les corbeaux croassent
Haïkus dans le métro
en un tour de Tokyo
sur la Yamanote line
ligne verte
Dans le parc Koganei
les cerisiers ne sont plus en fleurs
mais les maisons des temps anciens
éblouissent
2.Le shinkansen de Tokyo à Hiroshima
Dans la gare les trains
s‘élancent à vive allure
Symphonie d’oiseaux ailés
Ciel voilé nuages
Aujourd’hui du shinkansen
Je ne verrai pas le mont Fuji
Les paysages défilent
Au loin la montagne
Champs de panneaux solaires
rizières et villes
Maisons hétéroclites
de bric et de broc
Les matériaux s’alignent
dans la dysharmonie
Au croisement des trains
le wagon frémit
le Nozomi 155 poursuit sa course
Arrivée à Nagoya
Immeubles de verre et de béton
Les tours s’élèvent dans le noir du ciel
Petite musique légère
Les notes égrènent le temps
du départ et de l’arrivée
Kyoto une minute d’arrêt
un soleil timide
se dévoile
Immeubles en construction
Les grues défient le paysage
le train repart
Ville tentaculaire
Le béton se déploie
Arrêt Osaka
Arrêt shin-Kobe
Be ready to get off
before the train stop
Thank you
Nazomi super express
prochain arrêt Okoyama
Érables rouges sur ciment gris
Le vif éclaire le morne
La vie contre la mort
Gare vitrée
Les nuages traversent l’espace
Adieu Okayama sayônara
Prochain arrêt Hiroshima
La fin d’un voyage
Une étape dans la ville mémoire
3.Hiroshima
Dôme de Genbaku
vestige de la bombe atomique
Mémorial de la paix
en souvenir des morts
Les arbres respirent
sur la terre calcinée
Couleurs d’automne
Une femme nous prépare le thé
sur un meuble
la photo de sa mère enfant
entourée d’une famille qui sera décimée
par la bombe
Les gens déambulent dans la Hon Dori
Shotengaï
rue commerçante couverte
aux enseignes multicolores
flashs de vie
Délice du Taiyaki
Le gâteau en forme de poisson
fourré de pâte de haricots rouges
réchauffe nos doigts
Tapis jaune sous nos pas
dans le sanctuaire
le Ginko Biloba
égrène ses feuilles d’or
4.À Tomonooura
Ce matin sur le port déserté
calme absolu
et le clapotis de l’eau
Soleil voilé sur la mer de Seto
Pierres d’amarrage
les bateaux de pêcheurs
ondulent sur les flots
Clarté soudaine
à travers les nuages
tourbillons dans le ciel
les oiseaux planent
Douceur de vivre
au « pays du beau temps »
paix intérieure
Au large Sensui-Jima
Le ferry fait le va-et-vient
entre l’île mystique et Tomonooura
Le sentier escarpé
bordés de bambous
d’érables et de néfliers
La forêt ouvre sur une plage ensoleillée
et le Pacifique à l’infini
À l’horizon
une ligne scintille
quelques nuages dans le ciel
pâle
Sur la plage
galets et coquillages
que la marée broie
Le bruit des vagues
berce mon cœur
Bonheur partagé avec mon fils
dans ce lieu hors du temps
L’eau caresse le sable
le stylo trace
les mots sur la page
Nos vies minuscules
face à l’océan
ont le goût du néant
Jeux d’ombres et de lumières
la mer se nourrit de l’éternel
D’une île à l’autre
il n’y a qu’un pas
à marée basse
Plénitude
un moment de grâce
Au loin un pêcheur immobile
guette
le frémissement de sa ligne
5.Yamaguchi
Brume sur la montagne
le soleil se lève
Lumières béton dans la ville
aux couleurs ancestrales
Dans la forêt
feuillage pâle et délicat
des bambous entre les pins
La poésie accompagne nos pas
avec Chuya Nakahara
amoureux de la France
traducteur de Rimbaud
Une pagode à cinq étages
temples bouddhistes sanctuaires shintoïstes
et le concert de Noël
dans l’église Saint-François-Xavier
Du sol volcanique
émergent les sources chaudes
pour les onsen du bien-être
Dans le jardin du Ryokan
pas japonais
fleurs délicates
un petit pont de bois
et dans l’eau s’ébattent
des carpes goulues aux couleurs vives
Marche à petits pas
dans le yukata
tout imprégné de grâce
Mer agitée vent fort
au sommet du Motonasumi-jinga
un tunnel de Toriis
123 portails vermillon
émerveillent le regard
En contre-bas
le bleu cobalt des vagues
et l’esprit divin
du renard blanc
envoûte les âmes
6.Hagi
La ville aux orangers
borde la mer
Au loin les îles
Dans la cité aux larges rues
quartier des samouraïs
maisons de bois maisons musée
Une dégustation de matcha
chez une vieille dame
Balade sur la plage
la marée a déposé les détritus
qui la souille
Dans l’atelier de poterie
nos doigts malaxent l’argile
pour le Hagi-yaki
porosité du bol
beauté de l’imperfection
7.Kanazawa
La neige sur les toits
À Kanazawa
l’hiver est là
Le soleil perce
le manteau de nuages
au-dessus des tours et des maisons basses
Sous le pinceau du calligraphe
Daïki trace les kandjis
avec sourire et grâce
un art de vie
Ponts de bois
sur la rivière Asano
quartier des geikos
et maisons de thé
au charme ancestral
8.Kawaguchiko
Dôme laiteux
neige et nuages sur le mont Fuji
blanche mousse
à savourer du regard
Un pont travers le lac
Le Fujisan en miroir
Sashimis maison
feuilles d’algue
riz et sauce soja
le poisson cru fond sous la langue
Saké et bière Sapporo
Campaï
Au lever du soleil
teintes rouges orangées
autour du Mont Sublime
Coups de butoir sur le riz
dans le seau de bois
les mochis se préparent
Calligraphie en famille
thé du soir et gâteau léger
avec fraises et crème chantilly
œuvre de Junko-san
Accueil mémorable
instants magiques
9.Haneda et départ
Une ville hôtel
à l’aéroport
dernier jour de l’année
un ultime onsen avec vue sur les pistes
Au-dessus de la ville
l’avion traverse les nuages
le mont Fuji se détache
dans sa splendeur immuable
Une grâce subtile émane du voyage
aux rencontres multiples
et visions insolites
Apaisement et sympathie
le temps d’un rêve
au pays du soleil levant
Poèmes édités dans le numéro de mars 2026 pour la revue en ligne Francopolis












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